La philosophie de Tom et Jerry : une critique spirituelle de la ruse sans morale à la lumière du Coran et de la Sunna

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« Il a réussi, celui qui s’est purifié. Il a rappelé le nom de son Seigneur et a prié. Mais vous préférez la vie d’ici-bas, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable. »

(Coran, Sourate Al-A‘la, 14-17)

À première vue, « Tom et Jerry » n’est qu’un dessin animé burlesque : un chat malchanceux pourchasse un petit rat rusé, et les enfants rient. Mais sous la légèreté de l’image se cache une grammaire implicite du monde, une métaphysique qui façonne les imaginaires dès le plus jeune âge : celle où l’intelligence supplante le bien, où la ruse l’emporte sur la justice, où la victoire appartient non au juste, mais au plus malin. « L’être humain naturel ne voit aucun mal à être fier de lui-même et des réalisations de son esprit. Bien au contraire, sa fierté et le but ultime de son existence individuelle résident dans l’expression de sa force et de sa supériorité. »1

Ce récit n’est pas innocent. Il s’inscrit dans une généalogie philosophique lourde : celle du darwinisme social et du surhomme nietzschéen. Une vision du monde où l’éthique est reléguée, où la morale est « invention des faibles », et où la réussite s’arrache par la force, la tromperie ou l’efficacité. Abdelwahab El Messiri y voit l’un des plus grands glissements de la modernité : « L’homme y est réduit à sa dimension fonctionnelle, biologique, ou économique.»

  1. Une victoire amputée de sens

Dans « Tom et Jerry », la victoire n’est jamais morale. Elle ne rétablit aucun équilibre, ne répare aucune injustice. Elle récompense la stratégie, même destructrice. L’enfant apprend alors qu’il n’est pas nécessaire d’avoir raison pour l’emporter, mais seulement d’être plus rusé, plus rapide, plus audacieux. C’est la négation de la logique prophétique, qui fonde le triomphe non sur la ruse mais sur la vérité.

Le Prophète Mohammed (paix et salut sur lui) disait :

« Le fort n’est pas celui qui terrasse l’adversaire, mais celui qui se maîtrise lorsqu’il est en colère. » (Bukhari, 6114)

Dans ce hadith, la force est réévaluée : elle devient maîtrise de soi, et non agression ; sagesse, non domination.

  • Nietzsche, Darwin, et l’extinction de la transcendance

Nietzsche, dans Par-delà le bien et le mal, écrit que « les faibles inventent la morale pour neutraliser les forts ». Il exalte le « volonté de puissance » comme essence de l’humain. Darwin, quant à lui, dans La filiation de l’homme, applique sa théorie de la sélection naturelle au social : seuls les « plus adaptés » survivent, sans égard pour l’éthique. Ces deux pensées se rejoignent dans la glorification d’un monde post-moral où l’efficacité prime sur la justice.

Imam Abdessalam Yassine, en réaction à cette vision, affirme :

« La Loi de Dieu guide l’homme dans son cheminement vers sa finalité et la société vers la réalisation de ses buts. Finalité de l’homme et buts de la société sont des vérités révélées. L’homme, livré à son moi psycho-égoïste, ne peut imaginer d’autre finalité que le « bonheur » animal avec toutes les satisfactions de dominance et de jouissance.  »

(La révolution à l’heure de l’Islam, p. 156)

  • Le Coran : la réussite comme épreuve éthique

Le Coran renverse cette lecture brutale du monde. Il ne célèbre pas celui qui gagne, mais celui qui se purifie. Il ne glorifie pas le rusé, mais le véridique, le patient, le loyal. La réussite y est intérieure, spirituelle, fondée sur une tension constante entre l’ego et la transcendance.

« Certes, l’homme est en perdition. Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement la patience. »

(Sourate Al-‘Asr, 1-3)

Il y a une distinction capitale entre la « vision organique » et la « vision morale » de l’homme :

L’être humain n’est pas un simple prolongement de la nature. Il est porteur de sens, il résiste, il choisit.

  • L’imaginaire éducatif : entre résistance et abdication

Quand un enfant rit devant la chute de Tom, il ne rit pas d’un simple gag : il apprend sans le savoir que l’échec du plus fort est légitime si le plus faible est plus malin. Mais où est le bien ? Où est la justice ? Ce silence est pédagogique. Il façonne une conscience post-morale, où le vainqueur a toujours raison.

Or, l’éducation islamique se fonde sur l’innéité (fitra), sur un sens inné du juste et de l’injuste. Le Prophète (paix et salut sur lui) nous appelle à éduquer les enfants dans la douceur, la justesse et la véracité :

« Le croyant ne ment pas. » (Ahmad, 8731)

Non parce que cela ne « fonctionne pas », mais parce que c’est mal. Point.

Conclusion : réhabiliter la morale comme critère du succès

L’homme n’est pas un rat rusé. Il est porteur d’un souffle divin. Il n’est pas un simple stratège du vivant, mais un être en quête de vérité. Réduire sa réussite à l’efficacité, c’est lui voler son âme.

L’imaginaire véhiculé par Tom et Jerry n’est pas isolé. Il s’insère dans une culture plus large où l’homme est stratège, non spirituel. Or l’islam nous invite à réhabiliter une vision morale de l’homme : un être né avec une innéité (fitra : disposition primordiale), capable de vérité et de transcendance.

Le combat n’est donc pas entre Tom et Jerry. Il est entre deux anthropologies : celle de la ruse et celle de la responsabilité.

L’éducation islamique n’est pas une simple transmission de savoirs, mais une résistance à l’oubli de Dieu. Elle est le rappel constant que la réussite est dans la purification, non dans la ruse.

Comme le proclame avec force l’Imam Abdessalam Yassine :

« La vie de l’homme moderne est dispersée et misérable. Sa misère est palpable et quantifiable même si parfois elle demeure camouflée et inconsciente. La plus grande des misères des hommes victimes de la modernité, c’est de rester désinformés. Le Coran, parole divine, est la vérité mise à la disposition de qui veut et surtout de qui peut et ose, en ces temps spirituellement désertiques, ouvrir le Saint Livre et tenter une lecture. L’islam est l’antidote de l’Ignorance.

Cela te sera certainement difficile de le faire, homme mon frère, femme ma sœur, quelles que soient ton obédience idéologique, ta religion ou ton appartenance politique, car tu es dispersé entre mille préoccupations, distrait toujours, attristé souvent, disponible très rarement. Je maintiens pourtant ma suggestion d’ouvrir le Coran, elle rencontrera peut-être un moment privilégié où refait surface cette inquiétude qui nous habite tous et que nous refoulons pour nous livrer à l’insouciance. Elle te poussera peut-être à prêter l’oreille et à écouter le Message. Lis-en une page, une seule page ! Peut-être y trouveras-tu une réponse à la question qu’une voix intime te pose régulièrement ?! »

(islamiser la modernité p.33)

  1. Abdessalam Yassine, Choura et Démocratie p.243
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