Héritage de lumière : entretien avec Nadia Yassine

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Treize ans après son retour vers Dieu en 2012, les cœurs se souviennent de l’homme qui a ravivé en eux la lumière de la voie prophétique. Ces témoignages sont autant de traces laissées par sa bienveillance, sa sagesse et son souffle spirituel.

C’est dans cet esprit de fidélité, de reconnaissance et de transmission que nous avons l’honneur de vous proposer cette interview de sa fille, Nadia Yassine. Nous la remercions chaleureusement d’avoir accepté de partager avec nous un témoignage intime et éclairant, offrant un regard précieux sur le père et l’homme qu’il fut.

Tout d’abord, chère Nadia Yassine, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous afin que nos lecteurs vous connaissent davantage ?

Tout l’honneur est pour moi. Merci pour l’intérêt que vous accordez à mon humble personne, qui n’a pas de grand mérite, mais juste l’insigne honneur d’être la fille d’un grand homme. Pour la banalité, j’ai 67 ans, un DES en science politique, quatre filles et beaucoup de petits-enfants.

Votre père, que Dieu exalté soit-Il le prenne en Sa sainte miséricorde, a rejoint son Seigneur en décembre 2012. À cette occasion, de très nombreux hommages continuent de lui être rendus. Vous qui êtes sa fille et avez grandi au sein de son foyer, pouvez-vous nous parler de la relation de cœur père/fille que vous avez entretenue avec lui ?

La relation avec mon père est atypique dans la mesure où toute sa personnalité l’est. Nous avons grandi avec lui comme on grandirait sur une île où le soleil ne se couche jamais et où les oiseaux chantent des mélodies de tendresse et de douceur. À tel point que l’éveil au monde extérieur fut pour nous tous un grand traumatisme. Il était un refuge pour tout un chacun, et chacun se sentait proche de lui à sa manière. Malgré sa santé fragile et son corps gracile, il était un rempart solide et un refuge contre les intempéries de la vie.

Son absence lors de ses emprisonnements abusifs nous fit l’effet d’être des orphelins livrés à la laideur d’un monde dont il était la beauté et la bonté. En ce qui me concerne, étant l’aînée et tant qu’il m’en souvienne, avant même qu’il ne choisisse l’implication et l’immersion totales dans la quête de Dieu, il était pour moi un compagnon spirituel autant qu’un père.

Lorsqu’il m’inscrivit à la mission française dès ma tendre enfance, il savait pertinemment qu’elle avait « la mission » d’éroder les valeurs islamiques et de produire des interlocuteurs postcoloniaux areligieux. Pour cela, il était très vigilant et consacrait chaque jour une petite séance de discussion afin de remettre mes pendules à l’heure de la foi et du sens.

L’islam qu’il incarnait pour moi était un islam où les filles étaient choyées et ne se sentaient pas comme un morceau de chair sans esprit, juste bon à cacher. J’avais droit à autant de respect et de bienveillance que mes frères, sinon plus. La charia, pour moi, prenait son sens premier de « voie vers la miséricorde » et de chemin vers l’amour de Dieu, et non celui d’un bréviaire de la torture et d’une conception misogyne du monde, comme certains se la représentent.

J’étais à l’aise dans ma condition de fille, à tel point que je n’imaginais même pas que l’on puisse imputer à l’islam une autre approche que celle de la dignité de la femme. Ce fut pour moi la source d’une grande confiance en Dieu, mais aussi la cause d’une grande déception devant la réalité des mœurs que l’on met injustement sur le compte de l’islam.

A suivre…

L’interview a été réalisé par le site WWW.PSM-ENLIGNE.ORG

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