Fidélité et Renouveau : L’Appel à la méthode Prophétique

0

I. L’essence de la fidélité : Un engagement sacré et intégral

La fidélité réside dans la sincérité, l’honnêteté et la loyauté absolue envers les pactes et les promesses. Elle est le rempart contre la trahison. Être fidèle, c’est honorer avec constance les droits et les responsabilités que l’on a embrassés. Qualité humaine par excellence, elle forge la confiance, cimente les relations et consolide le corps social. Trônant au sommet de l’éthique, elle est le témoignage d’une âme ancrée dans le respect de ses engagements.

Mais au-delà de sa dimension sociale, la fidélité est d’abord une intégrité ontologique. Elle trouve sa source première dans le respect du Pacte Initial (Al-Mithaq) qui lie chaque âme à son Créateur : وَإِذْ أَخَذَ رَبُّكَ مِن بَنِي آدَمَ مِن ظُهُورِهِمْ ذُرِّيَّتَهُمْ وَأَشْهَدَهُمْ عَلَىٰ أَنفُسِهِمْ أَلَسْتُ بِرَبِّكُمْ ۖ قَالُوا بَلَىٰ ۛ شَهِدْنَا ۛ 

« Et lorsque ton Seigneur tira une descendance des reins des fils d’Adam et les fit témoigner contre eux-mêmes : ‘Ne suis-Je pas votre Seigneur ?’ Ils répondirent : ‘Mais si, nous en témoignons…’ » (Coran 7:172).

Être fidèle, c’est préserver la cohérence de son être, en alignant ses paroles, ses actes et son être profond sur cet engagement originel.

Pour que cette vertu s’incarne, chacun doit identifier l’objet de sa fidélité. Vis-à-vis de l’Imam rénovateur, elle ne consiste pas en un suivisme passif ou un mimétisme aveugle.

 Elle est la loyauté vivante vis-à-vis de l’essence de son œuvre et de ses principes directeurs : la justice, l’amour comme fondement communautaire et l’appel incessant à la réforme.

Il s’agit de demeurer attaché à son école en tant que projet de vie, à une œuvre bâtie au prix de sacrifices immenses jusqu’à son retour vers le Créateur.

Il s’agit d’un engagement à poursuivre le chemin, et à contribuer à ce renouvellement selon les exigences de l’époque.

Que Dieu lui fasse miséricorde, lui qui n’a ménagé piste, ni aucun moyen pour transmettre l’Appel divin et annoncer la Voie du Messager (paix et bénédiction sur lui).

II. Le testament de l’Imam : Entre invocation et action

Son héritage est une responsabilité noble mais lourde. C’est un pacte qui nous enjoint d’élever nos aspirations et de consolider notre volonté pour demeurer dignes de notre parole. Nous portons aujourd’hui l’écho des deux objectifs fondamentaux de son testament

  1. Première intention :  « Mon intention première, dernière et suprême est d’en appeler à toute personne croyante, homme ou femme, à implorer la miséricorde de Dieu pour qui gît dans sa tombe, pécheur et espérant le pardon de son Seigneur. »
  2. Seconde intention : Perpétuer l’adhésion aux principes qu’il a portés sa vie durant, comme un jalon sur le chemin de l’éternité :

 « Mon intention seconde est de rappeler au souvenir de tout un chacun l’essentiel de ce que je n’ai arrêté de défendre lorsque j’étais encore de votre monde, y cheminant vers la vie éternelle. »

Ces deux desseins sont indissociables. L’accès au cheminement prophétique exige ce lien permanent avec l’esprit de l’Imam : un amour et une compagnie spirituelle vivifiées par l’invocation d’Ar-rabita, le don de soi et le sacrifice continu au sein de la communauté.

III. La fusion de la compagnie dans la communauté « Aljamaa » :

A cette fin, l’Imam nous a exhortés à invoquer le Très-Haut qu’Il garde fusionnées la compagnie et la communauté au sein de Jamaat al adl wa alihsan, afin que perdurent la lumière et la bénédiction de la « Sohba » au sein de cette communauté.

Son ultime recommandation résonne encore :

 « Je recommande la compagnie et la communauté, la compagnie dans la communauté (…) Demandons à notre Seigneur de préserver l’unité de la compagnie et la communauté « Al Adl Wal Ihsane » avec la même constance qu’Il déploie pour maintenir les cieux et la terre. Que cette cohésion demeure notre rempart et notre force. »

Le secret suprême de ce maintien et de cette préservation réside dans l’amour en Dieu.

Car la compagnie (Sohba) n’est autre que l’expression même de l’amour : lorsque la graine de cet amour germe dans un cœur, l’arbre de la compagnie s’épanouit, offrant des fruits de nobles caractères, d’états spirituels élevés et d’œuvres bénies.

C’est une réalité qui ne peut être saisie que par la voie de l’amour. Celui qui a ce don de l’amour a, en vérité, tout reçu ; et celui qui s’en prive demeure, en vérité, de tout démuni.

« Un homme interrogea le Prophète (paix et bénédictions sur lui) au sujet de l’Heure en disant : « Quand l’Heure viendra-t-elle ? »

Le Prophète lui demanda alors : « Et qu’as-tu préparé pour sa venue ? » L’homme répondit : « Je n’ai préparé pour elle ni grand nombre de prières, ni de jeûnes, ni d’aumônes, si ce n’est que j’aime Dieu et Son Messager. »

Le Prophète dit alors : « Tu seras avec ceux que tu as aimés. »

Anas rapporte : « Rien ne nous a autant comblés de joie, après la grâce de l’Islam, que cette parole du Prophète : ‘Tu seras avec ceux que tu as aimés’.

Car, ajouta-t-il, j’aime le Messager de Dieu, j’aime Abou Bakr et j’aime Omar ; et j’espère, par cet amour que je leur porte, être réuni avec eux, bien que mes œuvres ne soient pas à la mesure des leurs. » »

IV. Justice et Bel Agir : Les finalités de la Voie

L’horizon de la méthode prophétique est l’accomplissement de l’ordre divin révélé dans la sourate An-Nahl (16:90) : Ce verset résume en la présentant la raison d’être de l’humanité et la mission des Messagers :

{يقول الله عز وجل: إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُ بِالْعَدْلِ وَالْإِحْسَانِ وَإِيتَاءِ ذِي الْقُرْبَىٰ وَيَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنكَرِ وَالْبَغْيِ ۚ يَعِظُكُمْ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ{

« Certes, Dieu ordonne la justice, le bel agir et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et l’oppression. »

Après le dernier des prophètes ﷺ, cette mission a été léguée aux savants héritiers et aux imams rénovateurs. Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) l’a confirmé : « Dieu envoie à cette communauté, à la tête de chaque siècle, celui/ceux qui rénove/rénovent l’Islam. »

 Le renouveau (tajdid) a ainsi pour vocation permanente de réactualiser, dans le tissu vivant de l’histoire, l’impératif de justice et la grâce du bel agir.

V. Le renouveau profond et tolal : L’architecture d’un monde nouveau

L’Imam Abdessalam Yassine a laissé un héritage d’une originalité et d’une universalité hors pair. Son œuvre trace la voie vers l’édification du second khilafa prophétique. Pour lui, le renouveau ne peut être superficiel : il s’agit de passer de l’ère de la contrainte et du despotisme – caractérisée par la peur, l’arbitraire et la domination – à un État fondé sur la méthode prophétique, où règnent la concertation (shura), l’équité et l’excellence du caractère (ihsan) comme norme de gouvernance.

Son apport est constructif : il propose une véritable architecture spirituelle et sociale. Cette architecture ne commence pas par la prise du pouvoir, mais par l’éducation des cœurs et la formation de la communauté vivante sur la base de ces valeurs, cellule saine qui doit, par son témoignage et son action, régénérer l’intégralité du corps social. L’exemple historique de la Constitution de Médine – pacte civique fondé sur la justice et la reconnaissance mutuelle entre tribus et confessions – ou la justice intransigeante des « khoulafaa arrachidoun » face aux puissants, illustrent les principes de cette « méthode » qu’il s’agit de réincarner.

Ce renouveau profond est une promesse d’espoir inédit dans l’histoire, car il propose une alternative intégrale : une libération de l’être humain de toute servitude, vers la servitude éclairée vis-à-vis du seul Créateur.

VI. Foncer sur le sommet : Un appel à la libération totale

Dieu nous appelle à foncer sur le sommet qui nous sépare de Lui en exécutant Son ordre sur terre. (سورة البلد/ صيغة النداء )

Répondre à cet appel(الاستجابة ), c’est choisir la vie : « Ô vous qui croyez ! Répondez à Dieu et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la vie. » (Coran 8:24).

 يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اسْتَجِيبُوا لِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ إِذَا دَعَاكُمْ لِمَا يُحْيِيكُمْ ۖ

Donc Cet impératif de justice et de bel agir ne peut que transcender les époques et les géographies. Nul, individu ou entité, ne saurait se réclamer de la voie prophétique sans incarner ces deux fondements, coranique et prophétique. Ce commandement demeure absolu et intangible, en tout lieu et à toute époque.

Son application requiert toutefois une sagesse et une miséricorde authentiques, puisées aux sources.

 Cette alliance de la douceur du cœur et de la clarté de l’esprit – la force tranquille du croyant – est la seule voie vers la véritable émancipation de l’être humain. (fak arrikab) .

VII. Rayonner au cœur de la cité : L’éthique de la présence active

La méthode prophétique nous apprend à habiter notre époque et à la visiter non en spectateurs, mais en acteurs conscients pour en influencer positivement le cours. Elle nous appelle à raviver les natures originelles (les Innéités AlFitar),

 à désencombrer le cœur des illusions du pouvoir, de la possession et du prestige,

pour qu’il reconnaisse naturellement le Vrai et le Bien.

Cette présence positive se décline en plusieurs champs d’action :

  • Dans la cité : Par un engagement citoyen local et concret, au service du bien commun, de la défense des droits et de la promotion de la justice à toutes les échelles.
  • Face à l’environnement : En assumant notre rôle de gérants (mustakhlafûn) de la terre. Protéger la nature, préserver ses équilibres, est un acte d’adoration et une justice envers les générations futures.
  • Dans le dialogue civilisationnel : En coopérant avec toutes les forces vives – religieuses, laïques, associatives – autour des valeurs humaines communes : la paix, la dignité humaine, la défense des faibles. Il s’agit de bâtir des ponts à partir de notre ancrage spirituel et non de dresser obstacles au dialogue.

Au-delà du culte ritualisé, elle nous enjoint de défendre cette humanité commune, de protéger l’environnement et de coopérer avec toute bonne volonté pour sauvegarder l’avenir de la famille adamique.

Rien de cela ne sera effectif si nous nous en tenons à un attentisme apathique…Les revendications qui nous importent nous, membres de la oumma, gens de la spiritualité et de la foi, n’aboutiront que par l’action positive du rejet de l’injustice, du combat mené en nous comme hors de notre être, contre l’opulence corruptrice, en un seul rang uni pour défendre les opprimés, en harmonie totale avec l’appel à militer pour les droits humains et le combat pour les frustrés et les persécutés.

VIII. Appel final : Devenir les « Rabbaniyyun », ces médecins des âmes et des sociétés

Mes frères et sœurs ! la responsabilité qui nous incombe est immense. Établis au cœur d’une civilisation en crise de sens, vous occupez une position cruciale dont il vous appartient de mesurer la portée. Regardez avec lucidité les signes de cet épuisement civilisationnel qui nous entoure :

  • Sur le plan politique et sécuritaire : Nous voyons un monde où le droit international s’efface devant la loi du plus fort, où des puissances se disent « civilisées » tout en finançant des conflits dévastateurs ou en ignorant les cris lancinants des opprimés, comme le martyre quotidien de la Palestine, de l’Ukraine … et j’en passe. La sécurité, devenue privilège marchand, laisse place à la surveillance de masse et à la peur de l’autre, érodant le contrat social et la paix véritable.
  • Sur le plan économique : Le système consacre le culte d’une croissance infinie et d’une accumulation abstraite, au mépris de la dignité humaine. C’est l’économie de l’usure (riba) et de la spéculation, machine à enrichir une infime minorité tout en condamnant des milliards d’êtres à l’angoisse de la survie. L’homme y est réduit à un rouage de la machine impitoyable de la consommation, la nature à des ressources à piller jusqu’à épuisement total.
  • Sur le plan social, familial et moral : Nous assistons à une déconstruction méthodique des repères. La famille, sanctuaire de la transmission, est fragilisée par un individualisme radical. Les mœurs sont livrées aux aléas des désirs éphémères et à la tyrannie de l’instant, promue par les réseaux sociaux, laissant l’individu isolé, déboussolé, dans une société où la solitude devient pandémique et le sens du sacré s’efface devant le matériel.

Face à ce triple naufrage, il ne suffit pas de déplorer. Il vous faut incarner l’alternative.

Soyez les Rabbaniyyun de ce temps ! Non des ascètes fuyant le monde, mais des « savants-agissant », des médecins spirituels et sociaux. Un profil dont le portrait est défini par quelques traits essentiels :

  1. La clairvoyance (Basira) : Il lit les signes des temps à la lumière immuable de la Révélation, discernant les causes profondes derrière les apparences.
  2. La compassion active : Son amour de Dieu se traduit par un service désintéressé envers Ses créatures, particulièrement les plus vulnérables.
  3. Le courage tranquille : Il dit la vérité (haqq), sans haine ni crainte des réprimandes, avec une fermeté apaisée.
  4. L’excellence (Ihsan) : Il cherche la perfection spirituelle et la beauté de l’acte dans tout ce qu’il entreprend, aussi modeste soit-il.

Devenez des modèles de haute moralité, toujours prêts à servir. Invitez l’humanité à s’émanciper du joug des créatures pour l’adoration du Créateur, de l’étroitesse des passions vers la vaste plénitude de la justice divine.

Par votre sérénité, votre intégrité et votre amour actif, offrez cette voie de libération qui fait sortir du gouffre de l’oppression vers la paix, et de l’éphémère vers l’éternité.

Vous êtes, par la grâce de Dieu, la semence du monde juste dont notre prophète avait annoncé l’avènement

et pour lequel œuvra notre Imam. À vous de faire germer cette semence, ici et maintenant.

Tayeb Agrad, le 24 janvier 2026, Saint Denis, France.

laissez un commentaire