Ceux que Dieu aime : (1) Les Purifiés

Introduction : À la rencontre des bien-aimés de Dieu
Existe-t-il une ambition plus haute, pour un cœur en quête de sens, que celle d’être aimé par son Créateur ?
Le croyant véritable ne lit pas les Textes sacrés comme de simples récits anciens. Il y cherche, avec une soif de « sagacité » (al-kayyis), les clés d’un dialogue intime avec Dieu. Pour lui, chaque verset et chaque parole prophétique est une lettre personnelle, une invitation à s’élever. C’est cette ardeur qui animait les vertueux (as-salihîn) : ils ne cherchaient pas la science pour elle-même, mais comme une boussole vers l’Amour divin.
Cette quête de l’excellence nous est magnifiquement contée dans un échange entre Ibn al-Ahmas et le noble compagnon Abou Dharr. Ce dernier rapporta une parole bouleversante du Messager de Dieu ﷺ :
« Il est trois types de personnes que Dieu aime, et trois qu’Il réprouve. » Ceux que Dieu aime, explique Abou Dharr, sont des êtres d’exception : le combattant qui fait face seul quand les siens s’éloignent, porté par sa foi ; le voyageur qui, malgré l’épuisement de la route, s’arrache au sommeil pour prier dans le silence de la nuit et finit par réveiller ses compagnons pour le départ ; ou encore celui qui endure avec une patience héroïque le voisinage difficile jusqu’à ce que la vie ou la mort ne les séparent. À l’opposé, Dieu s’écarte du marchand qui use de faux serments, de l’avare qui humilie par ses rappels, et du pauvre qui se drape d’orgueil »[1].
Dans cette série d’articles, nous vous invitons à une exploration spirituelle. En suivant les traces des versets et des hadiths, nous partirons à la découverte de ces qualités qui font de l’être humain un élu du Cœur Divin. Notre espoir est simple : qu’en évoquant leurs états et leurs vertus, une étincelle de leur lumière nous atteigne et nous aide, par Sa grâce, à rejoindre leurs rangs.
1 : La Pureté et ce qui se Purifier :
Le Vrai (Al-Haqq), Gloire à Lui, a placé la guidance de la création dans la Révélation (al-wahy). Il a fait descendre cette Révélation comme source de pureté et de guidance, sur le plus pur des cœurs, le cœur de notre seigneur Muhammad ﷺ. Dieu dit : « (Ces jours sont) le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement » [1 : 185].
La guidance, qui est le cœur du message de tous les prophètes et messagers, ne s’obtient que par la pureté et la purification, au même titre que l’appel à l’Unicité divine. Dieu dit : « Ô toi qui te couvres d’un manteau ! Lève-toi et avertis ! Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur ! Et tes vêtements, purifie-les ! Et de tout péché, écarte-toi ! » [74 : 1-5].
L’ordre de purifier les vêtements renvoie explicitement à la purification de ce que l’on porte, tout en indiquant métaphoriquement l’ordre de purifier l’être même qui les porte.
Le concept de rijz (souillure ou péché), dont l’abandon est prescrit au Prophète ﷺ ainsi qu’à l’ensemble des croyants, rejoint celui de rijs (impureté) dans sa dimension de souillure profonde. Les idoles et toutes les formes de divinités substituées à Dieu, désignées par le terme rijz, représentent l’expression la plus abjecte de la dégradation de l’âme.
À travers la Révélation, Dieu unit les dimensions matérielle et spirituelle de la pureté, condamnant les souillures du corps comme celles de l’esprit, qu’elles se manifestent dans la foi, les paroles ou les actes. Le Coran souligne cette exigence globale dans la sourate Al-Hajj : « Évitez donc la souillure des idoles et évitez les paroles mensongères ! » [22:30].
De même, il exhorte les croyants à s’écarter des vices tels que le vin, les jeux de hasard ou la divination, les qualifiant d’abominations et d’œuvres du Diable dont la mise à l’écart est la condition même du succès spirituel.
De même que la bonne compagnie est un terreau propice à la vertu, la mauvaise compagnie est un terreau propice à la perdition. Celui qui désire se purifier doit se séparer des gens impurs et s’éloigner d’eux. Dieu dit : « Ils vous feront des serments par Allah, quand vous êtes de retour vers eux, afin que vous passiez (sur leur tort). Détournez-vous d’eux. Ils sont une souillure et leur refuge est l’Enfer, en rétribution de ce qu’ils acquéraient » [9 : 95].
La propreté et la pureté de l’apparent et de l’intérieur sont donc le contenu, le but et la finalité de la Guidance « al-hidaya ». Dieu décrit ainsi les gens de la maison du prophète (ahl al-bayt), purifiés et modèles pour l’univers : « Dieu ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô gens de la maison [du prophète], et veut vous purifier pleinement. » [33 : 33]. C’est-à-dire : vous ôter les péchés et vous revêtir des habits de la dignité. Ce verset exprime la réprobation et la répulsion pour tout ce qui pourrait souiller l’intérieur du croyant et le salir par toutes sortes de péchés et de transgressions, tout en encourageant à l’orner par les moyens de la pureté que constituent les divers actes d’obéissance et de rapprochement.
Dieu est le Pur et Celui qui purifie. Sa volonté et Son décret ont voulu qu’Il purifie Ses serviteurs croyants : « Dieu ne veut pas vous imposer de gêne, mais Il veut vous purifier et parfaire sur vous Son bienfait. Peut-être serez-vous reconnaissants. » [5 : 6]. Il a fait descendre les moyens de la pureté et nous a prescrit ses voies. Il a fait descendre le Coran, matière de la pureté morale, guide, miséricorde et guérison pour les gens. Il a fait descendre l’eau, matière de la pureté sensible : « Nous fîmes descendre du ciel une eau pure et purifiante » [25 : 48]. Il a envoyé Ses messagers avec des lois qui purifient l’apparent et l’intérieur : l’apparent par l’eau, l’intention et les modalités que le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) nous a enseignées ; l’intérieur par les œuvres qui agissent sur l’âme et la purifient (tazkiya).
Mais la propreté n’acquiert sa valeur spirituelle que par l’intention et l’obéissance à la Loi divine dans ses modalités et son ordre. C’est par l’intention et la conformité que le ghusl (grande ablution) devient un processus de sanctification et de purification porteur de sens spirituel. Dès lors, l’ablution se transmue en une lumière qui imprègne l’organisme, s’infusant des membres extérieurs jusqu’au cœur, ce réceptacle psycho-spirituel -le Cœur-. Le Prophète ﷺ a dit : « Les cinq prières, le vendredi jusqu’au vendredi et le Ramadan jusqu’au Ramadan, sont des expiations de ce qui arrive entre, dès lors où l’on évite les péchés majeurs. »[2]
Pureté et Propreté :
L’Islam n’a jamais autant insisté sur une chose que sur la propreté. la propreté fait partie intégrante de la foi. Le Messager ﷺ a dit : « Certes, Dieu est Beau et Il aime la beauté »[3]. De même, il a dit : « La pureté est la moitié de la foi ».[4]
Et encore le compagnon Abdullah ibn Abbas a rapporté un hadith majestueux ou Le Messager ﷺ a dit « Purifiez ces corps, et qu’Allah vous accorde Sa pureté ! En vérité, nul serviteur ne passe la nuit en état de pureté sans qu’un ange ne l’accompagne sous ses draps ; et point de mouvement qu’il ne fasse durant la nuit sans que l’ange ne dise : « Ô Seigneur, pardonne à Ton serviteur, car il a passé la nuit purifié ».[5]
Dans le cheminement vers Dieu, nulle pureté du cœur n’est espérée sans la pureté rituelle. La pureté de l’apparent est une purification du corps pour qu’il soit apte à se tenir devant Dieu dans la posture de celui qui prie et reçoit le flux de la foi. C’est la purification du réceptacle par son extérieur, c’est pourquoi elle constitue la moitié de la foi. L’autre moitié est la purification du réceptacle par son intérieur, le cœur, par l’évocation continue de Dieu (dhikr), la prière, l’aumône, la patience et toutes les bonnes œuvres constituant les affluents de Al-Iman et menant à la proximité divine.
La propreté est considérée comme une exigence fondamentale, un pilier indispensable pour quiconque souhaite progresser sur la voie de la foi. La pureté apparente n’est pas une simple formalité, mais une véritable purification du corps. C’est elle qui permet à l’être de se tenir dignement devant Dieu, dans la posture du priant prêt à recevoir les flux de la foi.
Il n’y a point de pureté espérée pour le cœur sans la pureté rituelle des souillures et des états d’impureté, dans le respect total des conditions prescrites.
La quête de la pureté est un cheminement permanent. Le croyant s’efforce de veiller à sa propre purification en toutes circonstances, jusqu’à être reconnu par Dieu comme l’un des êtres purs. Cet engagement constant est la clé de l’amour divin, conformément à la parole du Très-Haut : « Dieu aime ceux qui se repentent sans cesse et Il aime ceux qui se purifient. » [1 :222].
L’usage de ces termes dans le Coran n’est pas fortuit : ils soulignent une action intense et répétée. Que ce soit à travers le repentir sincère ou la recherche de la propreté, il s’agit d’un effort soutenu et d’une persévérance de chaque instant. Pour Dieu, la pureté n’est pas un état statique, mais une volonté d’excellence et une pratique renouvelée qui élèvent l’âme et le corps.
Celui qui est doué de clairvoyance sait s’imprégner des souffles spirituels que Dieu accorde aux cœurs sincères. Il habite ses journées et ses veillées par la méditation du Coran, car il y trouve la source et l’essence même de la pureté.
En réalité, la proximité avec Dieu est intimement liée à la pureté du cœur : plus l’âme s’attache au Livre Saint, plus elle s’élève vers son Créateur. Cette dimension n’est véritablement accessible qu’à ceux qui recherchent une purification intégrale, tant apparente que profonde.
C’est par ce cheminement que la part spirituelle de l’homme finit par transcender sa dimension matérielle. La lumière de la foi dissipe alors les ténèbres de l’âme et la libère de ses impuretés. Ainsi purifié, le fidèle accède à la proximité divine, devenant l’objet de l’amour de son Créateur et l’un de Ses intimes
L’apprentissage et l’enseignement des rituels de la pureté (fiqh tahâra) et de la prière sont des priorités absolues. On ne peut prétendre accorder de l’importance aux grands principes de l’islam tout en négligeant ces fondements essentiels. Comme l’a enseigné le Prophète ﷺ , la pureté est la clé même de la prière, le premier pas indispensable pour entrer en présence de Dieu : « La clé de la prière est la pureté.»[6].
Au-delà de l’acte individuel, la pureté est le socle sur lequel se bâtit l’avenir de la société. Une communauté en pleine renaissance doit rayonner de propreté, tant dans les cœurs que dans l’espace public. Dans cette vision, même un acte quotidien de civisme, comme le fait de nettoyer son environnement, devient une œuvre spirituelle dès lors qu’il est accompli avec l’intention de servir autrui et de préserver la dignité collective.
En réalité, la sagesse profonde derrière les obligations divines est de forger une société pure, capable de porter un témoignage de vérité devant le monde. Mais l’objectif le plus élevé demeure la transformation intérieure : cette discipline du corps et de l’esprit vient polir l’âme du croyant, la préparant ainsi à la Félicité Éternelle auprès de son Créateur.
Ainsi s’achève ce premier volet consacré à ceux que Dieu aime : les purifiés.
Dans le prochain article, nous poursuivrons cette exploration spirituelle à la découverte d’une autre catégorie de ces âmes élues. Puissions-nous, en contemplant leurs états et leurs vertus, trouver le chemin pour suivre leurs traces et aspirer, nous aussi, à cette proximité divine.
Par tayeb agrad Casablanca 14 ramadan 1447 (4/03/2026)
[1] Al-Tahâwî, Sharh Mushkil al-Âthâr, 1ère édition 1994, vol. 7, p. 213.
[2] Rapporté par Muslim, hadith n° 233, et par al-Tirmidhî, hadith n° 214
[3] Rapporté par Muslim, hadith n° 91
[4] Rapporté par Muslim, hadith n° 223
[5] Al-Albânî, Silsilat al-Ahâdîth al-Sahîha, hadith n° 2539
[6] Imam Tirmidhi n°6
